Ce qui se passe dans la peau
Le psoriasis concerne 2 à 3 % de la population en France, soit plus d'un million et demi de personnes. Il apparaît le plus souvent entre 20 et 40 ans, mais peut débuter à tout âge, y compris dans l'enfance. C'est une maladie inflammatoire chronique : elle évolue par poussées, entrecoupées de périodes plus calmes, parfois longues.
Normalement, une cellule de l'épiderme met trois à quatre semaines pour remonter de la profondeur jusqu'à la surface, où elle tombe sans qu'on la remarque. Dans une plaque de psoriasis, ce trajet se fait en quelques jours. Les cellules s'accumulent avant d'avoir mûri, la plaque s'épaissit et se couvre de squames blanchâtres, et des vaisseaux dilatés en dessous lui donnent sa couleur rouge. Le moteur de tout cela se trouve dans le système immunitaire, qui entretient la peau dans un état d'inflammation permanente.
Le terrain génétique joue un rôle net : dans près d'un tiers des cas, un parent proche est lui aussi atteint. Cela ne veut pas dire qu'on transmet forcément la maladie à ses enfants, seulement que le risque est plus élevé. Le psoriasis n'est pas contagieux, et il n'a aucun rapport avec l'hygiène. Ce sont deux choses à répéter, tant les personnes atteintes se heurtent encore à des regards gênés à la piscine ou chez le coiffeur.
Les différentes formes
La forme la plus courante est le psoriasis en plaques : des plaques rouges, épaisses, bien délimitées, couvertes de squames, sur les coudes, les genoux, le bas du dos et le cuir chevelu. Elles sont volontiers symétriques et peuvent démanger.
Le cuir chevelu est touché chez beaucoup de patients, parfois seul : des plaques épaisses, fréquemment au ras du front ou derrière les oreilles, que l'on confond facilement avec des pellicules tenaces. Les ongles peuvent se creuser de petites dépressions, comme un dé à coudre, ou se décoller avec des taches jaunâtres. Dans les plis (aisselles, sous les seins, entre les fesses, aine), le psoriasis perd ses squames et ressemble à une plaque rouge, lisse et brillante, souvent prise pour une mycose.
Le psoriasis en gouttes apparaît plutôt chez l'enfant et le jeune adulte, souvent deux à trois semaines après une angine : des dizaines de petites taches rondes sur le tronc et les membres. Il peut disparaître complètement, ou annoncer un psoriasis durable. Le psoriasis des paumes et des plantes, épais et crevassé, est gênant dans la vie de tous les jours.
Deux formes sont rares mais sérieuses : le psoriasis pustuleux généralisé, avec des pustules sur de grandes surfaces, de la fièvre et une grande fatigue, et l'érythrodermie, quand la rougeur gagne presque tout le corps. Elles demandent une prise en charge rapide, parfois à l'hôpital.
Ce qui déclenche les poussées
Chaque personne finit par connaître ses propres facteurs, mais certains reviennent chez beaucoup. Le stress, un deuil, une période difficile au travail précèdent bien des poussées. Les infections, en particulier les angines à streptocoque, aussi. Certains médicaments peuvent aggraver la maladie, dont le lithium et les bêtabloquants : il ne faut jamais les arrêter de soi-même, mais en parler au médecin. L'alcool, le tabac et le surpoids sont associés à des formes plus sévères.
Un phénomène curieux mérite d'être connu : une plaque peut apparaître exactement là où la peau a été blessée, griffée, frottée ou tatouée. Les dermatologues l'appellent phénomène de Koebner. C'est une raison de plus de ne pas arracher les squames et de limiter les frottements, par exemple d'une ceinture ou d'un sac toujours porté du même côté.
Le soleil, enfin, est ambivalent. Il améliore de nombreux psoriasis, ce qui explique les rémissions de l'été, mais il en aggrave d'autres, et un coup de soleil peut provoquer de nouvelles plaques.
Plus qu'une maladie de peau
Une partie des personnes atteintes développe un rhumatisme psoriasique : douleurs et gonflements des articulations, d'un doigt entier « en saucisse », raideur du dos le matin, douleurs au talon. Il peut précéder les plaques ou survenir des années après. Le repérer tôt permet d'éviter des lésions durables des articulations, d'où l'intérêt de signaler ces symptômes même s'ils paraissent sans rapport.
Le psoriasis est aussi associé au syndrome métabolique (surpoids abdominal, diabète, cholestérol, tension), dans les deux sens : l'inflammation favorise ces troubles, et ils aggravent le psoriasis. Un suivi régulier par le médecin traitant fait donc partie de la prise en charge.
Enfin, le retentissement psychologique est réel. Les démangeaisons qui empêchent de dormir, les vêtements choisis pour cacher les plaques, l'appréhension avant la plage ou un rapport intime pèsent lourd. Il ne faut pas hésiter à en parler au médecin, et l'association France Psoriasis propose informations et groupes de parole.
Les traitements
Il n'existe pas aujourd'hui de traitement qui guérisse définitivement le psoriasis, mais les traitements permettent de blanchir les plaques et d'espacer les poussées, et ils ont beaucoup progressé.
Pour les formes limitées, le traitement est local : des dermocorticoïdes, souvent associés à un dérivé de la vitamine D, en crème, pommade, gel, mousse ou shampoing pour le cuir chevelu. Ils sont efficaces s'ils sont bien utilisés, et le dermatologue explique comment les appliquer puis les espacer.
Quand le psoriasis est étendu ou résiste, on passe à la photothérapie (séances d'UV en cabinet ou à l'hôpital) ou aux traitements par voie générale : méthotrexate, ciclosporine, acitrétine, aprémilast. Pour les formes modérées à sévères, les biothérapies, des médicaments injectables qui ciblent précisément certaines molécules de l'inflammation, ont transformé la vie de nombreux patients, y compris pour le rhumatisme. Ces traitements demandent un bilan et un suivi médical.
Au quotidien
Les soins de tous les jours ne remplacent pas le traitement, mais ils l'aident. Un émollient appliqué régulièrement assouplit les plaques, limite les démangeaisons et prépare la peau à mieux recevoir les crèmes prescrites. Les squames se retirent en douceur, ramollies par la crème ou un bain tiède, jamais arrachées. Le dermatologue peut prescrire des préparations kératolytiques, à l'acide salicylique par exemple, pour les plaques très épaisses.
Pour le cuir chevelu, des shampoings doux en alternance avec les traitements prescrits, et pas de grattage, même si c'est tentant. Ongles coupés courts, gants pour le ménage et le jardinage si les mains sont touchées. Et, quand c'est possible, réduire le tabac et l'alcool, qui comptent parmi les rares facteurs sur lesquels on a vraiment prise.
Sources
- Assurance Maladie (ameli.fr) — Comprendre le psoriasis
- Assurance Maladie (ameli.fr) — Traitement du psoriasis
- Assurance Maladie (ameli.fr) — Psoriasis (dossier complet)
- France Psoriasis (association de patients) — Comprendre le psoriasis
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